PRISTINA (AFP) — Le Kosovo a proclamé dimanche son indépendance, rêve de plusieurs générations d'Albanais de la province, mais catégoriquement rejetée par Belgrade, avec le soutien de la Russie, et par les Serbes du Kosovo qui menacent de faire sécession.
Le Parlement du Kosovo, réuni en session plénière extraordinaire à Pristina, a approuvé par acclamation l'indépendance de la province du sud de la Serbie à majorité albanaise.
"A partir de maintenant, le Kosovo a changé de position politique. Nous sommes désormais un Etat indépendant, libre et souverain", a déclaré le président du Parlement, Jakup Krasniqi, après l'adoption de la déclaration d'indépendance lue par le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi.
M. Thaçi s'est engagé à garantir la sécurité des Serbes et des autres minorités. "Nous fermons le chapitre du passé et ouvrons le chapitre de l'avenir. Le Kosovo est la patrie de tous ses citoyens", a-t-il affirmé.
L'indépendance, qui sera sous supervision internationale, devrait être reconnue rapidement par les Etats-Unis et plusieurs grands pays de l'Union européenne.
Le département d'Etat a annoncé que les Etats-Unis avaient "pris note" de la proclamation et appelaient toutes les communautés de la province au calme.
Mais la Russie a aussitôt réclamé l'annulation de la proclamation et a réclamé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. Celui-ci devait se réunir dimanche à 13h00 heure locale (18h00 GMT), selon une source diplomatique à l'ONU.
Londres a qualifié la proclamation kosovare d'"important développement". Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a souhaité "bonne chance au Kosovo". L'Italie et l'Allemagne ont pris acte de la proclamation en appelant toutes les parties à la "modération".
Une déclaration officielle devrait être faite lundi à Bruxelles à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE.
Mais Belgrade et les Serbes du Kosovo (un peu moins de 10% de la population) ont annoncé qu'ils ne reconnaîtraient jamais la souveraineté kosovare.
La Serbie juge la proclamation d'indépendance "illégale" et a prévenu qu'elle s'y opposerait par "toutes les mesures diplomatiques, politiques et économiques". "Je n'abandonnerai jamais la lutte pour notre Kosovo", a juré le président serbe Boris Tadic.
Aussitôt après la proclamation, il a répété que "la Serbie ne reconnaîtra jamais l'indépendance du Kosovo".
"Pour les citoyens de Serbie, pour la Serbie, il n'y a pas et il n'y aura jamais d'Etat fantoche du Kosovo sur son territoire", a souligné le Premier ministre serbe, Vojislav Kostunica.
Il s'en est pris au président américain George W. Bush et à "ses partisans européens", accusés d'avoir encouragé les Albanais à proclamer l'indépendance. "La politique destructrice, cruelle et immorale des Etats-Unis a conduit à cette illégalité sans précédent", a-t-il lancé.
La proclamation a été accueillie par des hourras dans les rues de Pristina, qui vibrait aux cris d'"Indépendance", dans le bruit des klaxons et des pétards. Des dizaines de milliers de Kosovars brandissant des drapeaux de l'Albanie - aigle noir bicéphale sur fond rouge - et des Etats-Unis ont envahi les rues.
Le nouveau drapeau du Kosovo indépendant, représentant en jaune le tracé du territoire accompagné de six étoiles sur un fond bleu foncé, n'a été dévoilé que dans l'après-midi au Parlement.
"C'est dingue, c'est arrivé ! On l'a fait !", s'est écriée abasourdie de joie Rina Meta, journaliste de 22 ans.
La proclamation d'indépendance du Kosovo est la dernière étape en date dans le processus de démantèlement de la Yougoslavie de six Républiques de Tito.
L'indépendance, coordonnée avec les Occidentaux, sera pour une durée indéterminée sous "supervision internationale", et M. Thaçi a souhaité la "bienvenue" à la mission de l'UE qui va se déployer pour encadrer ses débuts.
Cependant, l'UE est divisée sur l'indépendance du Kosovo. La majorité de ses membres sont prêts à la reconnaître. Mais, craignant que cela n'encourage les séparatismes, six pays membres (Chypre, Grèce, Espagne, Bulgarie, Roumanie, Slovaquie) devraient s'abstenir.
Signe de la réalité du risque d'un "effet dominos", évoqué dimanche par le président tchèque Vaclav Klaus, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, deux régions séparatistes et pro-russes de Géorgie, ont annoncé aussitôt après la proclamation kosovare qu'elles allaient demander à la Russie et à l'ONU de reconnaître leur indépendance.
Malgré ses divisions, l'UE a décidé, sans l'aval de l'ONU, de déployer au Kosovo une mission de quelque 2.000 policiers et juristes.
Cette mission, que Belgrade et Moscou considèrent comme illégale, doit prendre à terme la relève de la Mission de l'ONU au Kosovo (MINUK) qui administre la province depuis la fin de la guerre (1998-1999).
La MINUK a été envoyée au Kosovo après que des bombardements aériens de l'OTAN eurent contraint le président Slobodan Milosevic à retirer de la province les forces serbes, qui combattaient la guérilla indépendantiste kosovare de l'UCK.
Une force commandée par l'OTAN, la KFOR, est chargée depuis 1999 d'assurer la sécurité au Kosovo. Cette force va "continuer à assumer ses responsabilités", a annoncé l'OTAN après la proclamation.
Parmi les scénarios désormais possibles figure une sécession du Nord, où vivent 40.000 des 120.000 Serbes présents dans la province.
Ignorant par avance la souveraineté kosovare, les Serbes du Kosovo avaient annoncé vendredi qu'ils organiseraient sur leur territoire les élections municipales prévues en mai en Serbie et formeraient leur propre "Parlement du Kosovo".
Des violences entre les deux communautés sont à craindre. "Il y aura des coups de feu si les Albanais tentent d'exercer leur pouvoir sur le Nord", a prévenu un des leaders des Serbes du Kosovo, Oliver Ivanovic.
Mon avis
Disons que je suis très partagé sur cet événement depuis quelque temps.
Je n'ai strictement rien contre les Kosovars et si le Kosovo est prêt à se prendre seul en main,je ne vois pas pourquoi il faudrait leur refuser l'indépendance,conformément au droit des peuples à l'autodétermination.
Cependant,je tiens à avouer que cette indépendance m'échauffe un peu,car on refuse l'indépendance aux
Ossètes et aux Abkhazes,uniquement parce qu'ils sont soutenus par la Russie,et opposés à la Géorgie pro-
américaine.Pareil pour les Tibétains,on n'ose pas indigner la Chine,et je ne voudrais pas du tout d'un conflit
avec les Chinois,mais le Tibet lui aussi a le droit à son indépendance.Le Kosovo étant pleinement soutenu par
les Etats-Unis,ils obtiennent immédiatement leur indépendance!Soit les Américains utilisent le droit à l'autodétermination des peuples,soit celui de l'intégralité territoriale,c'est comme cela les arrange!N'est-ce pas
injuste,cette domination atlantiste sur l'Europe?
Et si indépendance il y a,en échange,il faut qu'ils respectent le patrimoine culturel laissé par les Serbes (notamment les monastères),ne pas y toucher et laisser les Kosovars d'origine serbe vivre en paix!